Shampoing solide et DIY : le guide anti-greenwashing (recettes, coûts, pièges)

Un shampoing liquide classique, c’est entre 60 et 95 % d’eau. Vous payez une bouteille en plastique remplie majoritairement de flotte, à laquelle on ajoute des tensioactifs, des conservateurs, des parfums de synthèse — et parfois des substances que l’ANSES surveille de près. Vous la jetez au bout de quelques semaines. Puis vous en rachetez une. Et encore une. Environ 6 à 8 bouteilles par personne et par an, qui finissent dans la poubelle jaune quand on y pense, à la poubelle tout court sinon.

Face à ça, deux alternatives montent en puissance : le shampoing solide — un galet sans eau, sans emballage plastique, qui dure deux à trois fois plus longtemps — et le shampoing maison (DIY), que des milliers de tutoriels vous promettent en 5 minutes avec trois ingrédients de cuisine. L’un est une vraie solution. L’autre peut être un piège — notamment quand on y met du bicarbonate de soude sans comprendre ce que ça fait au cuir chevelu.

J’ai testé les deux. Le solide, on l’a adopté depuis plus d’un an à la maison. Le DIY, j’ai arrêté après avoir eu le cuir chevelu en feu pendant une semaine. Cet article fait le tri entre ce qui fonctionne, ce qui est du marketing, et ce qui peut abîmer vos cheveux — sources scientifiques et données institutionnelles à l’appui.

Pourquoi votre shampoing classique pose problème

Bouteilles en plastique alignées dans une salle de bain

Le plastique et l’eau inutile

L’ADEME le rappelle : réduire le plastique à usage unique reste une priorité nationale. Les emballages représentent 46 % de l’utilisation de plastiques en France. Votre salle de bain en est un concentré : flacons de shampoing, après-shampoing, gel douche, démaquillant — chacun avec sa bouteille, sa pompe, son bouchon. Multipliez par le nombre de personnes dans le foyer et par 12 mois, et vous obtenez un volume de déchets plastiques conséquent pour un usage qui pourrait s’en passer.

Et puis il y a l’eau. Un shampoing liquide classique contient entre 60 et 80 % d’eau — parfois jusqu’à 95 % pour les gels douche. On transporte cette eau (coût logistique, carbone), on l’emballe dans du plastique, on la paie au prix du produit actif. Un shampoing solide, par définition, élimine toute cette eau : il ne contient que les ingrédients actifs, concentrés.

Les substances à surveiller

L’ANSES et l’UFC-Que Choisir alertent depuis des années sur les ingrédients problématiques dans les cosmétiques du quotidien. Parmi les plus surveillés dans les shampoings : les sulfates agressifs (Sodium Lauryl Sulfate — SLS — irritant reconnu pour le cuir chevelu), les silicones (dimethicone, cyclomethicone — non biodégradables, interdits en cosmétique bio), les conservateurs libérateurs de formaldéhyde (DMDM hydantoïn, diazolidinyl urea — le formaldéhyde étant classé cancérogène 1B par l’ECHA), et certains parfums de synthèse identifiés comme allergènes ou perturbateurs endocriniens suspectés.

Côté réglementation, l’Europe avance. Le règlement UE 2023/2055 interdit progressivement les microplastiques ajoutés intentionnellement dans les cosmétiques : depuis octobre 2023 pour les exfoliants, janvier 2026 pour les produits rincés (dont les shampoings), et 2027 pour les produits non rincés. C’est une avancée majeure — mais elle ne concerne que les microplastiques ajoutés, pas l’ensemble des substances problématiques.

Le shampoing solide : comment ça marche

Un shampoing solide est un concentré de tensioactifs (les agents nettoyants qui font mousser) et d’actifs — sans eau, ou très peu. Il se présente sous forme de galet, de cube ou de cannelé. On le mouille, on le frotte sur les cheveux mouillés ou dans les mains, et il mousse comme un shampoing classique. Le geste s’apprend en deux ou trois utilisations.

Il existe deux grandes familles, et la distinction est importante.

Le shampoing solide à base de tensioactifs (le vrai shampoing)

C’est celui que vous voulez. Il utilise des tensioactifs doux (SCI — Sodium Cocoyl Isethionate, ou SLMI — Sodium Lauroyl Methyl Isethionate) comme base nettoyante, auxquels on ajoute des huiles végétales, des poudres de plantes, des huiles essentielles. Son pH est ajusté pour être compatible avec le cuir chevelu (idéalement entre 4,5 et 6,5). Il mousse bien, se rince facilement, et ne laisse pas de résidu.

Le savon-shampoing (à éviter pour un usage régulier)

Certains « shampoings solides » sont en réalité des savons saponifiés à froid — c’est-à-dire le résultat d’une réaction chimique entre un corps gras et de la soude. Le problème : leur pH est naturellement basique (9 à 10), alors que le cuir chevelu a un pH de 5,5 environ. Un usage régulier peut ouvrir les écailles du cheveu, dessécher les longueurs, et déséquilibrer le cuir chevelu. C’est souvent la cause des mauvaises expériences qu’on lit en ligne (« mes cheveux sont devenus poisseux/secs/ternes »). Pour les distinguer : si la liste d’ingrédients (INCI) contient « Sodium Hydroxide » ou des noms en « -ate » (Sodium Olivate, Sodium Cocoate), c’est un savon, pas un shampoing.

Combien de temps ça dure ?

Un galet de shampoing solide standard (55 à 70 g) équivaut en moyenne à 2 bouteilles de shampoing liquide de 250 ml, soit environ 40 à 60 lavages selon la longueur des cheveux et la conservation. Un format plus grand (80 à 110 g) peut atteindre 60 à 80 lavages, soit l’équivalent de 3 bouteilles. La clé de la longévité : le conserver au sec entre chaque utilisation, sur un porte-savon drainant, à l’écart du jet de douche. Laissé dans une flaque d’eau, il fond en quelques jours.

Le vrai budget : solide vs liquide vs DIY

Critère Shampoing liquide Shampoing solide Shampoing DIY
Prix d’achat 3 à 8 € / bouteille 250 ml 6 à 14 € / galet 60-80 g 1 à 3 € par préparation
Nombre de lavages 20-30 par bouteille 40-80 par galet 5-15 (conservation limitée)
Coût par lavage 0,15 à 0,30 € 0,10 à 0,20 € 0,10 à 0,30 €
Budget annuel (1 pers.) 20 à 40 € 12 à 25 € 10 à 25 €
Déchets plastiques 4 à 6 bouteilles/an 0 Variable
Risque pour les cheveux Faible Faible (si bon choix) Élevé si pH non maîtrisé

En résumé : le shampoing solide est le meilleur compromis économie/écologie/praticité. L’économie n’est pas spectaculaire en valeur absolue (on parle de 10 à 20 € par an et par personne), mais c’est le rapport déchets évités / effort demandé qui est imbattable : zéro plastique, pour un geste quasi identique sous la douche. Le DIY est le moins cher en théorie, mais le coût réel augmente si vous investissez dans des ingrédients de qualité — et le risque de se rater est élevé.

💡 Bon à savoir : un large choix de shampoings solides bio et naturels est disponible sur Greenweez — avec des filtres par type de cheveux, certifications et marques françaises.

Shampoing DIY : les recettes qui marchent — et celles qui abîment

Fabrication de shampoing solide naturel

Internet regorge de recettes de shampoings maison. Certaines sont excellentes. Beaucoup sont dangereuses pour vos cheveux. Le problème central, c’est le pH.

Le piège du bicarbonate de soude

Le shampoing au bicarbonate de soude est la recette DIY la plus partagée. Sur le papier, c’est tentant : un ingrédient de cuisine, pas cher, qui nettoie et fait mousser. En pratique, c’est une très mauvaise idée pour un usage régulier. Le bicarbonate a un pH d’environ 9 — alors que le cuir chevelu a un pH naturel de 5,5 et la fibre capillaire un pH de 4,5 à 5,5. Cet écart de pH ouvre les écailles du cheveu, assèche les longueurs, réduit la capacité de rétention d’hydratation, et déséquilibre la flore du cuir chevelu.

De nombreux dermatologues alertent sur ce point : l’utilisation répétée de produits à pH basique sur le cuir chevelu favorise la sécheresse, les pellicules, et la casse. Et contrairement à ce qu’on lit souvent, un rinçage au vinaigre de cidre ne « compense » pas les dégâts — il peut refermer les écailles, mais ne répare pas l’agression chimique sur le long terme.

Pire : la fameuse recette « bicarbonate + vinaigre de cidre mélangés » est une absurdité chimique. Les deux réagissent ensemble (réaction acido-basique) et se neutralisent mutuellement pour former de l’acétate de sodium — un produit neutre sans intérêt capillaire. L’un annule l’autre. C’est l’équivalent du volcan en cours de chimie au collège.

La seule recette DIY que je recommande

Si vous voulez vraiment faire votre shampoing vous-même, il faut travailler avec de vrais tensioactifs doux, pas avec des produits ménagers. Voici une recette solide simple, à pH contrôlé :

Ingrédients : 50 g de SCI (Sodium Cocoyl Isethionate — tensioactif doux dérivé de la noix de coco), 10 g de poudre de shikakai ou d’ortie (selon votre type de cheveux), 10 g d’huile végétale (jojoba pour cheveux normaux, ricin pour cheveux secs, noisette pour cheveux gras), 5 à 10 gouttes d’huile essentielle (ylang-ylang, lavande, ou romarin à cinéole — à éviter pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 6 ans).

Méthode : faites fondre le SCI au bain-marie doux (ne pas dépasser 70 °C). Retirez du feu, ajoutez l’huile végétale et la poudre de plante. Mélangez bien. Ajoutez les huiles essentielles quand le mélange a tiédi (en dessous de 40 °C). Versez dans un moule (un moule à muffin en silicone fait l’affaire). Laissez sécher 24 à 48 h. Démoulez.

Pourquoi ça marche : le SCI a un pH naturellement doux (5 à 6,5), il mousse bien, se rince facilement, et il est biodégradable. C’est le même tensioactif que celui utilisé par la plupart des marques de shampoings solides du commerce.

⚠️ Précaution : le SCI peut être irritant sous forme de poudre (ne pas inhaler). Portez un masque et des lunettes lors de la manipulation. Les huiles essentielles sont déconseillées aux femmes enceintes, allaitantes et aux enfants de moins de 6 ans — dans ce cas, faites le shampoing sans HE, il fonctionnera très bien.

Le rinçage au vinaigre de cidre : le seul DIY sans risque

En revanche, le rinçage au vinaigre de cidre (utilisé seul, en dernier rinçage après votre shampoing — solide ou liquide) est un geste simple et efficace. Son pH acide (environ 3 à 4) lisse les écailles du cheveu, apporte de la brillance, et aide à éliminer le calcaire de l’eau dure. La recette : 2 cuillères à soupe de vinaigre de cidre bio dans 1 litre d’eau froide, en dernier rinçage. Ne rincez pas ensuite — l’odeur disparaît en quelques minutes au séchage. C’est probablement le meilleur « soin » DIY qui existe, validé par la plupart des dermatologues.

La période de transition : pourquoi vos cheveux font la tête

Si vous passez d’un shampoing conventionnel à un solide, attendez-vous à une période d’adaptation de 2 à 3 semaines. Pendant cette phase, les cheveux peuvent être poisseux, lourds, ternes — c’est décourageant mais normal. Voici ce qui se passe.

Les shampoings conventionnels contiennent des silicones qui enrobent la fibre capillaire d’un film lisse et brillant (c’est l’effet « cheveux de pub »). Quand vous arrêtez les silicones, ce film se dissout progressivement, et vos cheveux retrouvent leur texture naturelle — qui, au début, n’est pas glamour. C’est l’effet « détox ». Les silicones ne sont pas toxiques, mais ils ne sont pas biodégradables et s’accumulent sur le cheveu, empêchant les soins naturels de pénétrer.

Quelques astuces pour traverser cette phase : espacez les lavages (2 fois par semaine suffit pour la plupart des types de cheveux), faites un rinçage au vinaigre de cidre après chaque shampoing, brossez vos cheveux secs avant le lavage pour répartir le sébum, et soyez patient. Après 3 semaines, la plupart des utilisateurs constatent des cheveux plus légers, plus brillants et qui regraissent moins vite.

Comment choisir : labels, ingrédients, marques

Cosmétiques solides bio certifiés de marques françaises

Les labels fiables

Pour choisir un shampoing solide sans se perdre, trois labels méritent votre confiance. Cosmos Organic / Cosmos Natural (référentiel géré par Ecocert, Cosmebio et d’autres organismes européens) : garantit un pourcentage minimum d’ingrédients bio, interdit les silicones, parabènes, OGM, et parfums de synthèse. Nature & Progrès : le cahier des charges le plus exigeant — 100 % d’ingrédients naturels, pas de chimie de synthèse, pas d’ingrédients issus de la pétrochimie. Slow Cosmétique : label associatif qui évalue la démarche globale de la marque (composition, marketing, éthique) — utile pour filtrer le greenwashing.

Les ingrédients à chercher (et à fuir)

Cherchez : SCI ou SLMI comme tensioactif de base, des huiles végétales (jojoba, coco, argan), des poudres de plantes (shikakai, ortie, rhassoul), des huiles essentielles (si vous n’êtes pas enceinte ou allaitante).

Fuyez : SLS (Sodium Lauryl Sulfate — trop agressif), Sodium Hydroxide en premier ingrédient (c’est un savon, pas un shampoing), silicones (-cone, -siloxane), conservateurs libérateurs de formaldéhyde (DMDM hydantoïn, quaternium-15), et les listes INCI de plus de 25 ingrédients — en général, c’est mauvais signe.

Marques françaises et européennes

Comme toujours sur Via Verta, je privilégie les marques qui produisent en France ou en Europe — pour l’empreinte carbone du transport, pour l’emploi local, et pour la traçabilité des ingrédients. Parmi les marques de shampoings solides que j’ai testées ou étudiées : Lamazuna (fabrication française, certifiée Slow Cosmétique), Pachamamaï (Ardèche, certifiée Cosmos Organic), Druydès (Drôme, certifiée Nature & Progrès), Umaï (Pays Basque, Cosmos Natural), Secrets de Provence (Drôme). Toutes proposent des gammes adaptées aux différents types de cheveux.

💡 Retrouvez ces marques et bien d’autres sur Greenweez, avec des fiches produit détaillant la liste INCI et les certifications.

Questions fréquentes

Le shampoing solide convient-il à tous les types de cheveux ?

Oui, à condition de choisir la bonne formulation. Les cheveux gras bénéficient d’un shampoing à l’argile verte ou au rhassoul. Les cheveux secs préfèrent un shampoing enrichi en beurre de karité ou en huile de coco. Les cheveux colorés ont besoin d’un shampoing doux sans sulfates. La plupart des marques proposent des gammes dédiées — lisez la composition INCI, pas le marketing de l’emballage.

Le shampoing solide lave-t-il aussi bien qu’un liquide ?

Oui. Le tensioactif (l’agent nettoyant) est le même — la différence, c’est l’absence d’eau et d’additifs cosmétiques (silicones, agents de texture). Le résultat au toucher peut être différent les premières semaines (les cheveux « sans silicones » ont une texture plus naturelle, moins soyeuse artificiellement), mais le nettoyage est identique.

Peut-on utiliser un shampoing solide pour les enfants ?

Oui, en choisissant un shampoing sans huiles essentielles et avec des tensioactifs très doux (SCI). Plusieurs marques proposent des gammes « famille » ou « bébé ». C’est d’ailleurs une option pertinente quand on sait que l’ANSES a identifié des substances problématiques dans les cosmétiques pour enfants — un shampoing solide bio certifié Cosmos avec 5 ingrédients est plus sûr qu’un shampoing liquide « bébé » avec 30 ingrédients dont des parfums de synthèse.

Comment conserver un shampoing solide ?

Sur un porte-savon drainant (avec des trous ou des rainures), à l’écart du jet de la douche. Le shampoing doit sécher entre chaque utilisation. Évitez les boîtes fermées hermétiquement quand il est encore humide. En voyage, une boîte en métal ou un bee wrap fait l’affaire une fois le galet bien sec. Un shampoing solide bien conservé dure 2 à 4 mois selon la fréquence de lavage.


Le shampoing solide n’est pas un gadget éco-bobo. C’est un produit qui fait le même travail que son équivalent liquide, pour moins cher au lavage, sans plastique, avec des compositions souvent plus courtes et plus lisibles, et fabriqué en France par des entreprises à taille humaine. L’investissement, c’est trois minutes d’apprentissage sous la douche et un porte-savon drainant. Le retour, c’est des années sans bouteilles plastiques dans la salle de bain.

Pour le DIY, soyez exigeant avec vous-même : si vous ne maîtrisez pas le pH de votre préparation, achetez un solide du commerce plutôt que de risquer d’abîmer vos cheveux avec du bicarbonate. Le seul DIY vraiment sans risque, c’est le rinçage au vinaigre de cidre — et c’est déjà un excellent geste.

Comme pour la lessive maison ou les produits ménagers, l’enjeu n’est pas la perfection — c’est la cohérence. Chaque bouteille en plastique évitée, chaque produit chimique de moins sur votre peau, chaque euro redirigé vers une marque locale plutôt qu’un groupe international : c’est un choix. Et les choix, ça s’additionne.

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