Paris-Marseille en avion : 88 kg de CO₂ par passager. Le même trajet en TGV : 2,6 kg. Soit plus de 30 fois moins. Ce n’est pas un slogan écolo — c’est le calculateur officiel de l’ADEME. Et quand on sait que le transport représente 30 % des émissions de gaz à effet de serre en France (premier poste d’émissions, devant l’industrie et l’agriculture), le choix de son mode de transport pour les vacances n’est pas anodin.
Pourtant, 75 à 80 % des Français continuent de prendre leur voiture pour partir en vacances, et l’avion reste le réflexe pour tout ce qui dépasse 4 heures de route. L’alternative ferroviaire et les mobilités douces sont perçues comme compliquées, plus chères ou moins pratiques. Sauf que c’est de moins en moins vrai — à condition de savoir comment s’y prendre.
Ce guide pratique vous donne les outils concrets pour organiser vos prochaines vacances sans voiture ni avion — en France et en Europe. Pas de leçon de morale : juste des itinéraires, des comparatifs de prix, des astuces de réservation, et les vrais chiffres carbone pour décider en connaissance de cause.
Les vrais chiffres : train vs voiture vs avion

Avant de parler itinéraires, posons les ordres de grandeur. Le comparateur modal de la SNCF, basé sur les données ADEME et l’analyse Carbone 4 (valeurs 2024), donne les émissions suivantes par voyageur et par kilomètre :
| Mode de transport | g CO₂e / voyageur·km | Facteur vs TGV |
|---|---|---|
| 🚄 TGV | 3,5 g | référence |
| 🚆 Intercités | 7,5 g | ×2 |
| 🚌 Car longue distance | 35 g | ×10 |
| 🚗 Voiture thermique (4 passagers) | 45 g | ×12 |
| ✈️ Avion court-courrier | 125 g | ×36 |
| 🚗 Voiture thermique (1 passager) | 179 g | ×51 |
Sources : SNCF Voyageurs / Comparateur modal 2025 (valeurs 2024), Base Empreinte ADEME, analyse Carbone 4. Périmètre complet : usage + fabrication + maintenance.
En clair : voyager en TGV émet 36 fois moins de CO₂ que l’avion et entre 12 et 51 fois moins que la voiture (suivant le nombre de passagers). C’est le moyen de transport longue distance le plus décarboné qui existe — grâce à un réseau ferroviaire largement électrifié et un mix électrique français peu carboné (nucléaire + hydraulique).
Pour un Paris-Marseille aller-retour (1 500 km) :
💡 Paris-Marseille A/R par personne :
- TGV : ~5 kg CO₂e — l’équivalent de 2 jours de chauffage
- Voiture (4 passagers) : ~70 kg CO₂e — 3,5 % de votre budget carbone annuel (objectif 2 tonnes)
- Avion : ~175 kg CO₂e — 9 % d’un budget 2 tonnes
- Voiture seul(e) : ~278 kg CO₂e — 14 % d’un budget carbone 2 tonnes
Le train en France et en Europe : comment bien réserver
En France : le TGV reste imbattable
Le réseau TGV français dessert la plupart des grandes villes et régions touristiques : Méditerranée, Atlantique, Alpes, Bretagne, Bordeaux, Lyon, Strasbourg… Les tarifs vont de 19 € (tarifs Ouigo) à 150 €+ en dernière minute, mais en réservant 2 à 3 mois à l’avance, on trouve régulièrement des billets entre 30 et 60 € pour des trajets longue distance.
Astuces pour payer moins cher :
La carte Avantage (49 €/an) offre jusqu’à 30 % de réduction sur les TGV. Rentabilisée dès 2-3 allers-retours. Si vous voyagez en famille ou avec des enfants, c’est une évidence. Les billets Ouigo (low cost SNCF) démarrent à 10 € en réservant tôt. Pour trouver les meilleurs prix, SNCF Connect permet de comparer les jours flexibles — un départ mardi au lieu de samedi peut diviser le prix par 3. Enfin, les trains de nuit font leur retour : Paris-Nice, Paris-Briançon, Paris-Toulouse, Paris-Tarbes. On dort dans le train, on économise une nuit d’hôtel, et on arrive au petit matin.
En Europe : plus facile qu’on ne le croit
L’Europe du rail est bien plus accessible qu’on ne l’imagine. Quelques exemples de trajets directs depuis Paris :
- Paris → Londres : 2h15 en Eurostar (à partir de 39 €).
- Paris → Bruxelles : 1h22 en Thalys/Eurostar (à partir de 29 €).
- Paris → Amsterdam : 3h20 (à partir de 35 €).
- Paris → Barcelone : 6h30 en TGV direct (à partir de 39 €).
- Paris → Milan : 7h en TGV (à partir de 29 €).
- Paris → Francfort : 3h50 en ICE (à partir de 39 €).
Pour les itinéraires avec correspondance, le site Trainline (ou SNCF Connect pour les trajets SNCF) permet de réserver des billets combinés multi-opérateurs. Et pour les aventuriers, le pass Interrail (à partir de 200 € pour 4 jours de voyage en 1 mois) ouvre les portes de 33 pays européens en train — idéal pour un road-trip ferroviaire.
Le site Seat61.com (en anglais, mais extrêmement complet) est la bible des voyageurs en train : itinéraires détaillés, comparatifs, astuces de réservation pour toute l’Europe et au-delà.
Le car longue distance : l’option budget
Si le TGV est trop cher ou ne dessert pas votre destination, le car longue distance (FlixBus, BlaBlaCar Bus) est une alternative à très petit budget. Les prix démarrent à 5-9 € pour des trajets de 3-5 heures. C’est plus lent que le train, mais le bilan carbone reste 5 fois meilleur que la voiture solo et 3,5 fois meilleur que l’avion.
L’inconvénient : le confort est limité (sièges étroits, pas de wagon-bar, dépendance au trafic routier). Pour les longs trajets (8h+), le train de nuit reste un bien meilleur choix si disponible.
Le covoiturage (BlaBlaCar) est un compromis intéressant : vous ne possédez pas de voiture mais vous partagez le trajet (et les émissions) avec quelqu’un qui aurait roulé de toute façon. Le bilan carbone par passager est divisé par 2 à 4 selon le nombre de covoitureurs.
Le vélo-voyage : la liberté totale

C’est le mode de vacances le plus radical en termes d’empreinte carbone — et paradoxalement l’un des plus en vogue. La France possède un réseau de véloroutes parmi les plus développés d’Europe : la Loire à Vélo (900 km), la Vélodyssée (1 290 km le long de l’Atlantique), l’EuroVelo 6 (de l’Atlantique à la Mer Noire), la ViaRhôna (du Léman à la Méditerranée)…
Le principe du bikepacking (ou cyclo-voyage) : vous chargez vos sacoches sur le vélo et vous roulez 40 à 80 km par jour, à votre rythme, en dormant en camping, en gîte, chez l’habitant ou en bivouac. Le coût quotidien est ridiculement bas — 10 à 30 €/jour tout compris (camping + courses alimentaires), contre 80 à 150 € pour des vacances classiques en voiture + hôtel.
Et si vous n’avez pas de vélo adapté, la location longue durée existe sur la plupart des véloroutes touristiques. Avec un VAE (vélo à assistance électrique), le vélo-voyage devient accessible même aux moins sportifs — 60 à 80 km par jour sans forcer, y compris en zone vallonnée.
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Se déplacer sur place sans voiture

C’est souvent LE frein cité : « OK pour le train jusqu’à la gare, mais après, comment je fais sans voiture ? ». Plusieurs solutions existent et se combinent :
La location de voiture à la gare d’arrivée. C’est le compromis pragmatique : vous prenez le train pour le trajet longue distance (le plus polluant) et vous louez une voiture sur place pour les déplacements locaux. L’impact carbone total reste très inférieur à un trajet entier en voiture depuis chez vous. De nombreuses agences de location sont implantées dans les gares principales.
Le TER et les bus locaux. Le réseau TER dessert de nombreuses petites villes et bourgs touristiques. Certaines régions ont développé des offres estivales dédiées : navettes vers les plages, bus vers les stations de montagne, liaisons vers les sites naturels. Renseignez-vous sur le site du réseau de transport de votre région de destination.
La location de vélo sur place. De plus en plus de destinations touristiques proposent des services de location de vélos (classiques et VAE) directement en gare ou en office de tourisme. C’est idéal pour explorer une région vallonnée, longer le littoral ou parcourir les vignobles.
Choisir une destination pensée sans voiture. C’est la stratégie la plus simple : au lieu d’adapter votre destination à votre mode de transport, choisissez une destination qui fonctionne naturellement sans voiture. Les centres-villes historiques (Strasbourg, Lyon, Bordeaux, Annecy), les îles (Bréhat, Porquerolles, Belle-Île), les stations de montagne bien desservies en train (Chamonix, Briançon) — autant de lieux où la voiture est plus un handicap qu’un avantage.
Questions fréquentes
Le train, c’est pas plus cher que l’avion ?
Ça dépend du moment de la réservation. En dernière minute, le TGV peut coûter 150 € quand un Ryanair affiche 30 €. Mais en réservant 2-3 mois à l’avance, les prix TGV/Ouigo sont souvent comparables à l’avion — sans les coûts cachés (taxi/navette vers l’aéroport, bagage en soute payant, temps perdu en sécurité). Avec la carte Avantage (49 €/an, -30 %), le train devient presque toujours moins cher. Et quand on ajoute le temps de trajet réel (centre-ville à centre-ville), le train est souvent plus rapide que l’avion sur les distances inférieures à 600-700 km.
Comment voyager en famille sans voiture ?
C’est plus facile qu’on ne le pense. Les enfants de moins de 4 ans voyagent gratuitement en TGV. La carte Avantage, qui permet de bénéficier d’une réduction de 60% pour les enfants accompagnants (de 4 à 11 ans) rend le train compétitif. Pour les bagages, un chariot pliable fait l’affaire en gare. Et le trajet en train fait partie du voyage — pas de cris dans un espace confiné comme en avion, les enfants peuvent se promener dans les wagons, et il y a un espace pour les poussettes.
Et pour les destinations vraiment isolées ?
Si votre destination est un hameau de montagne à 30 km de la gare la plus proche, le 100 % sans voiture sera effectivement compliqué. Dans ce cas, le combo train + location de voiture sur place reste la meilleure option : vous ne prenez la voiture que pour les derniers kilomètres, au lieu de faire 800 km d’autoroute. L’impact carbone total est divisé par 5 à 10 par rapport à un trajet entier en voiture.
Quel est le meilleur outil pour planifier un voyage en train ?
Pour la France : SNCF Connect (billets + horaires + carte Avantage). Pour l’Europe multi-opérateurs : Trainline (agrège SNCF, Deutsche Bahn, Trenitalia, Renfe, etc.). Pour planifier des itinéraires complexes : Seat61.com (le guide de référence du voyage en train, en anglais). Et pour comparer les émissions carbone : le calculateur ADEME (gratuit, accessible en ligne).
Partir en vacances sans voiture ni avion, ce n’est pas renoncer au voyage — c’est voyager autrement. Plus lentement, souvent moins cher, avec un impact carbone divisé par 30 ou plus. Le train vous dépose en centre-ville, le vélo vous fait découvrir les paysages au rythme humain, et vous évitez les bouchons, les parkings et le stress de la route. Ce n’est pas un mode de vie pour tout le monde ni pour toutes les situations — mais pour la majorité des vacances en France et en Europe, c’est possible, pratique, et franchement plus agréable qu’on ne le croit.
📚 Sources de cet article :
- SNCF Voyageurs — Calcul de l’empreinte carbone des transports (comparateur modal 2025, valeurs 2024)
- ADEME — Calculateur d’émissions carbone des trajets
- ADEME — Les bons gestes pour des vacances durables
- The Shift Project — Décarboner les transports (travaux et publications)
- ADEME — Base Empreinte (facteurs d’émission par mode de transport)
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