Banque éthique : le vrai guide anti-greenwashing (2026)

En 2024, les financements aux énergies fossiles des grandes banques mondiales sont repartis à la hausse. C’est le constat du rapport Banking on Climate Chaos 2025, publié en juin par huit ONG dont Reclaim Finance : les 60 plus grandes banques de la planète ont injecté plus de 700 milliards de dollars dans le pétrole, le gaz et le charbon sur la seule année 2024. Côté français, BNP Paribas a augmenté ses financements à l’expansion fossile de 39 % entre 2023 et 2024, Société Générale de 55 %, et BPCE de 50 %. Au total, depuis l’Accord de Paris en 2015, ce sont près de 7 000 milliards de dollars qui ont été dirigés vers les énergies fossiles par ces mêmes banques.

Et de l’autre côté ? Selon Reclaim Finance, entre 2021 et 2024, les banques françaises n’ont consacré que 73 centimes à la transition énergétique pour chaque euro dirigé vers les fossiles. L’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) répète pourtant depuis 2021 qu’il ne faut « aucun nouveau champ pétrolier ou gazier » pour atteindre la neutralité carbone en 2050.

Face à ce constat, des néobanques « vertes » se sont lancées avec une promesse séduisante : votre argent ne financera pas les fossiles. Green-Got, Helios, Bunq, La Nef, Crédit Coopératif — les options se multiplient. Mais derrière les slogans, la réalité est plus nuancée que le marketing ne le laisse croire. Certaines de ces alternatives sont sérieuses. D’autres relèvent d’un discours simplifié à l’excès, voire trompeur. Et une question fondamentale reste ouverte : changer de banque a-t-il réellement un impact sur le climat ?

J’ai passé des semaines à creuser ce sujet — rapports d’ONG, publications scientifiques, analyses d’experts de la finance, réponses des acteurs. Cet article fait le tri, sans complaisance et sans angélisme.

Comment votre banque finance les énergies fossiles

Quand vous déposez votre salaire sur un compte courant, la banque ne le laisse pas dans un coffre. Elle l’utilise — pour prêter à des entreprises, investir sur les marchés financiers, financer des projets d’infrastructure. C’est son métier et c’est avec ça qu’elle se rémunère. Le problème, ce n’est pas le mécanisme : c’est la nature des activités financées.

Comme l’explique le rapport Banking on Climate Chaos, les banques contribuent au réchauffement climatique via trois canaux principaux. Le premier, et le plus direct, est le prêt bancaire : la banque prête de l’argent à une entreprise pétrolière ou gazière pour développer un nouveau champ d’extraction. Le deuxième est le placement d’émissions de titres : la banque joue un rôle d’intermédiaire pour aider une entreprise fossile à lever des fonds sur les marchés (obligations, actions). Le troisième est l’achat direct de titres sur le marché primaire — ce qui revient à un nouveau prêt. La majorité du financement bancaire des fossiles passe d’ailleurs par la souscription d’obligations, pas par des prêts classiques — un point crucial, car les politiques climatiques de nombreuses banques ne couvrent que leur portefeuille de prêts.

En termes d’émissions de gaz à effet de serre, ce qui compte n’est pas ce que la banque émet directement (ses bureaux, ses serveurs — son « scope 1 et 2 »), mais ce que financent ses activités (le « scope 3 »). Pour une banque comme la suédoise Nordea, ces émissions indirectes représentent 99,9 % de son empreinte totale. C’est le cas de toutes les grandes banques.

Les banques françaises : un bilan contrasté

La France est le troisième pays au monde à soutenir le plus le développement des énergies fossiles, derrière les États-Unis et la Chine. Et la place de Paris est le premier soutien de l’Union européenne à l’industrie fossile.

Cela dit, les trajectoires divergent. Selon le rapport Banking on Climate Chaos 2025, BNP Paribas a reculé de la 10ᵉ-13ᵉ place (stagnation entre 2019 et 2024) à la 24ᵉ place — un signal de virage. La Fédération bancaire française (FBF) revendique une baisse de 15 % du financement fossile en 2024 et une hausse de 28 % du financement des renouvelables. Mais ces chiffres doivent être lus avec prudence : comme le souligne Reclaim Finance, les banques peuvent réduire leur stock de crédits fossiles (par remboursements naturels) tout en continuant d’accorder de nouveaux prêts à l’expansion. La réduction des encours ne signifie pas l’arrêt des financements.

Deux acteurs du paysage bancaire français se distinguent positivement. La Banque Postale est devenue en 2021 la première banque au monde à annoncer une sortie totale du pétrole et du gaz à horizon 2030. Le Crédit Mutuel Alliance Fédérale a aussi amorcé un virage significatif. Mais pour les quatre grandes — BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale, BPCE — le chemin reste long.

Ce que les néobanques vertes promettent — et ce qu’elles sont vraiment

Plante verte dans un verre plein de pièces de monnaie

C’est ici que les choses se compliquent — et que l’honnêteté intellectuelle devient indispensable.

Ce ne sont pas des banques

Le terme « néobanque verte » est un abus de langage, et il faut en être conscient. Green-Got et Helios ne sont pas des banques. Ce sont des établissements de paiement (ou agents de prestataires de paiement) — ce qui signifie qu’elles ne disposent pas d’un agrément d’établissement de crédit. Elles ne prêtent pas d’argent, ne créent pas de monnaie, ne font pas de crédit immobilier. Elles proposent un service de paiement (compte, carte, virements) dont les fonds sont hébergés chez une vraie banque.

Concrètement : quand vous ouvrez un compte chez Green-Got, votre argent est cantonné (séparé) au Crédit Mutuel Arkéa. L’infrastructure de paiement était jusqu’à récemment fournie par PPS EU SA. Green-Got a obtenu début 2026 un agrément provisoire d’établissement de paiement auprès de l’ACPR — un pas vers l’autonomie, mais elle reste un établissement de paiement, pas une banque. Pour Helios, c’est Okali (filiale du Crédit Agricole) qui fournit l’infrastructure, et les dépôts sont également cantonnés chez Crédit Mutuel Arkéa.

Pourquoi c’est important ? Parce que le discours marketing de ces néobanques repose sur une promesse forte : en changeant de compte, votre argent « désinvestit des énergies fossiles ». Or, cette affirmation est contestée par des experts sérieux.

La controverse Bon Pote / Carbone 4 : ce que ça change

En mai 2025, le média indépendant Bon Pote a publié une enquête fouillée, co-écrite avec l’expert financier Julien Lefournier, intitulée « Changer de banque pour sortir des énergies fossiles ? ». L’article déconstruit méthodiquement plusieurs affirmations courantes — et ses conclusions méritent d’être connues.

Premier point : il est techniquement impossible d’associer une empreinte carbone individuelle à un euro déposé sur un compte courant. La mécanique bancaire (création monétaire, fongibilité des ressources, transformation des dépôts en crédits) rend le fléchage individuel impossible. Les calculateurs d’empreinte carbone de compte bancaire (Oxfam, Rift, Green-Got elle-même) reposent sur des approximations méthodologiques contestables. C’est un point technique, mais fondamental : quand Green-Got affirme que votre compte émet X tonnes de CO₂ en moins qu’un compte chez BNP, le chiffre repose sur une méthodologie que Carbone 4 — le cabinet qui l’avait initialement popularisée — a fini par retirer de son site en juin 2025, reconnaissant les limites de l’exercice.

Second point : les fonds déposés sur un compte Green-Got ou Helios sont cantonnés, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas utilisés par Arkéa pour prêter ou investir. Green-Got le revendique d’ailleurs explicitement : vos dépôts sont « ségrégués » et ne financent pas l’économie. En un sens, c’est une bonne nouvelle pour l’exclusion des fossiles. Mais c’est aussi une limite : votre argent ne finance rien du tout — ni les fossiles, ni la transition. L’impact carbone de votre compte courant chez Green-Got n’est pas « vert » — il est neutre. C’est une nuance importante.

Troisième point : l’expertise de Clémence Lacharme, analyste chez Carbone 4, le rappelle dans Vert.eco — les commissions d’interchange (sur lesquelles Green-Got finance des projets environnementaux) représentent moins de 3 % de l’empreinte carbone d’une banque. Les 97 % restants proviennent de l’activité de prêt et d’investissement — précisément ce que les néobanques ne font pas.

⚠️ En résumé : les néobanques vertes ne font pas de greenwashing au sens classique — elles ne financent effectivement pas les fossiles. Mais leur discours simplifie excessivement la réalité bancaire, et l’impact réel sur le climat d’un changement de compte courant est très différent de ce que le marketing suggère. On ne « désinvestit » pas des fossiles en ouvrant un compte Green-Got — on retire de la liquidité à une banque et on place ses fonds dans un compte ségrégué. C’est mieux que rien, mais ce n’est pas la révolution annoncée.

Ce qui est vrai en revanche

Cette critique ne doit pas devenir un prétexte pour ne rien faire. Plusieurs éléments restent valables en faveur du changement de banque. D’abord, les commissions d’interchange de Green-Got et Helios financent concrètement des projets environnementaux (reforestation, énergies renouvelables, nettoyage des océans) — ce n’est pas énorme en volume, mais c’est réel et transparent. Ensuite, le signal politique et économique d’un mouvement de clients vers des alternatives est puissant : quand des dizaines de milliers de personnes quittent les grandes banques, cela crée une pression sur le secteur. La Banque Postale et le Crédit Mutuel ont amorcé leur virage climatique en partie sous la pression de la société civile. Enfin, le choix de sa banque est un acte cohérent dans une démarche globale de sobriété — au même titre que choisir son fournisseur d’énergie ou son alimentation.

Comparatif détaillé : Green-Got, Helios, Bunq, La Nef, Crédit Coopératif

Le tableau ci-dessous synthétise les informations clés. Mais un tableau ne suffit pas — chaque acteur a un modèle très différent, et c’est dans les détails que se jouent les vrais choix.

Green-Got 🇫🇷 Helios 🇫🇷 Bunq 🇳🇱 La Nef 🇫🇷 Crédit Coopératif 🇫🇷
Statut juridique Établissement de paiement (agrément ACPR janv. 2026, provisoire) Établissement de paiement (via Okali / Crédit Agricole) Banque à part entière (licence bancaire NL, garantie FGDR) Banque coopérative (agrément bancaire ACPR obtenu fin 2024) Banque de réseau (filiale BPCE)
Où sont vos dépôts ? Cantonnés chez Crédit Mutuel Arkéa (non investis) Cantonnés chez Crédit Mutuel Arkéa (non investis) Gérés directement par Bunq (banque NL) Prêtés directement à des projets écologiques, sociaux et culturels Utilisés par BPCE via le bilan consolidé du groupe
Tarif / mois 6,90 € (essentiel) / 10,90 € (premium) 6 € (standard) / 15 € (premium) Gratuit à 17,99 € (Easy Green) Épargne : gratuit. Carte pro : fin 2026 Variable (banque classique)
Compte courant particulier ✅ Oui ✅ Oui ✅ Oui ❌ Pas encore (en développement) ✅ Oui
Carte bancaire Mastercard (bois de cerisier ou PVC recyclé) Visa (bois de cerisier) Mastercard (métal pour Elite) Visa / Mastercard
Exclusion fossiles ✅ Fonds cantonnés, non investis ✅ Fonds cantonnés, non investis ⚠️ Engagement progressif (compensation, pas exclusion) ✅ Exclusion totale (depuis 1988, vérifiable) ⚠️ Partielle (filiale BPCE)
Transparence Rapport d’impact annuel, projets financés via interchange Liste des projets financés publiée Plantation d’arbres (30 M+ depuis 2019) 100 % des prêts publiés chaque année (liste intégrale) Rapport annuel ESS
Garantie des dépôts (FGDR 100 000 €) ✅ Via Crédit Mutuel Arkéa ✅ Via Crédit Mutuel Arkéa ✅ Garantie bancaire NL ✅ Garantie FGDR directe ✅ Garantie FGDR via BPCE
IBAN 🇫🇷 Français 🇫🇷 Français 🇳🇱 Néerlandais (⚠️ à déclarer au fisc) 🇫🇷 Français 🇫🇷 Français
Note Oxfam / Reclaim Finance Recommandée par Reclaim Finance Recommandée par Reclaim Finance Non évaluée (hors périmètre FR) 10/10 chez Oxfam (note max) Bien noté (mais pénalisé par la maison mère BPCE)

Green-Got : le plus accessible, avec des limites à connaître

Fondée en 2020, Green-Got est la néobanque verte la plus visible en France. Compte courant avec IBAN français, carte Mastercard en bois, application mobile soignée, assurance vie responsable (GG Planet, via Generali), compte pro pour les indépendants — l’offre est la plus complète du segment. L’entreprise est certifiée B Corp et revendique un financement de projets environnementaux via les commissions d’interchange (0,2 % de chaque paiement par carte).

Début 2026, Green-Got a obtenu un agrément provisoire d’établissement de paiement auprès de l’ACPR — une étape vers l’autonomie opérationnelle. À terme, elle vise la licence d’établissement de crédit pour gérer directement les fonds sans intermédiaire.

Ce qui est solide : les fonds sont bien cantonnés et non investis dans les fossiles. Arkéa, la banque d’adossement, est saluée par Reclaim Finance pour sa politique climatique (exclusion des projets de production et de transport d’énergies fossiles). L’assurance vie GG Planet sélectionne des fonds labellisés ISR, Greenfin ou SFDR Article 9, avec des performances correctes en 2024 (4 à 7 % nets selon le profil).

Ce qu’il faut relativiser : Green-Got n’est pas une banque et ne prête pas d’argent. Vos dépôts ne « financent la transition » que via l’interchange — quelques centaines de milliers d’euros par an, soit un levier modeste. L’argument marketing selon lequel votre compte « désinvestit des fossiles » a été frontalement contesté par l’enquête Bon Pote / Julien Lefournier, et Carbone 4 a retiré l’article qui servait de caution méthodologique à ce discours. Par ailleurs, l’assurance vie GG Planet ne propose pas de fonds euro, pas d’ETF, et les frais de gestion pilotée (0,9 % + 0,6 % assureur = 1,5 %/an) sont dans la fourchette haute. Pas de chéquier, pas de découvert, pas d’espèces.

Helios : la transparence comme identité

Société à mission française, Helios revendique un positionnement centré sur la transparence. La néobanque publie la liste des projets financés par son interchange : rénovation du métro de Marseille, centrales photovoltaïques, projets d’agriculture durable. Son rapport d’impact annuel détaille les montants et les tonnes de CO₂ évitées.

Helios revendique que ses comptes émettent 79 % de CO₂ en moins qu’un compte bancaire traditionnel — un chiffre qui, comme pour Green-Got, repose sur une méthodologie contestée par Bon Pote. Le Livret Avenir est un produit original : les fonds déposés ne rapportent pas d’intérêts, mais financent directement des projets de transition. C’est honnête — mais peu attractif pour qui cherche un rendement.

Même limite structurelle que Green-Got : Helios est un établissement de paiement adossé à Okali (Crédit Agricole), avec des fonds cantonnés chez Crédit Mutuel Arkéa. La logique est identique : vos dépôts sont neutralisés, pas « investis dans la transition ». L’offre de services reste limitée (pas de chéquier, pas de découvert, pas de crédit).

Bunq : l’option européenne, mais avec des nuances sérieuses

Bunq est la seule vraie banque de cette liste (avec La Nef et le Crédit Coopératif) : elle dispose d’une licence bancaire néerlandaise complète, garantit vos dépôts via le fonds de garantie néerlandais (100 000 €), et propose une gamme de services bancaires étendue — jusqu’à 25 sous-comptes, plusieurs cartes, rémunération du compte courant (1,56 % en 2026), comptes pour enfants, gestion multi-devises.

L’engagement écologique de Bunq passe principalement par la plantation d’arbres : un arbre pour 100 € dépensés avec le compte Easy Green (17,99 €/mois), soit plus de 30 millions d’arbres depuis 2019.

Mais attention : la plantation d’arbres est de la compensation carbone, pas une politique d’exclusion des financements fossiles. La distinction est fondamentale — et c’est un point sur lequel la plupart des ONG environnementales sont très claires : compenser n’est pas réduire. Bunq ne publie pas de politique d’exclusion sectorielle aussi documentée que Green-Got, Helios ou La Nef. Par ailleurs, votre IBAN sera néerlandais — ce qui implique l’obligation de déclarer ce compte au fisc français (formulaire 3916/3916 bis). Ce n’est pas illégal, mais c’est une contrainte administrative réelle et l’oubli est passible de sanctions.

⚠️ OnlyOne : liquidée. Si vous lisez des comparatifs qui la mentionnent encore, sachez que la néobanque OnlyOne a été placée en liquidation judiciaire en février 2025. Elle n’accepte plus de nouveaux clients et n’est plus une option viable. C’est un rappel utile : le modèle économique des néobanques vertes reste fragile.

La Nef : le modèle à part (et pourquoi ça change tout)

Panneaux solaires derrière des fleurs

La Nef mérite une section à part entière, car c’est l’acteur le plus fondamentalement différent de tout ce comparatif — et probablement le plus crédible d’un point de vue structurel.

Créée en 1988, la Nef est une coopérative bancaire française. Pas un établissement de paiement, pas un agent financier, pas une fintech adossée à une vraie banque : une banque elle-même, détentrice d’un agrément bancaire délivré par l’ACPR. Fin 2024, elle a obtenu son agrément bancaire complet, s’émancipant ainsi de la tutelle du Crédit Coopératif à laquelle elle était adossée depuis 35 ans. C’est un tournant historique pour la finance éthique en France.

Ce qui distingue fondamentalement la Nef, c’est son modèle. Quand vous déposez de l’argent à La Nef, cet argent est réellement prêté à des projets — agriculture biologique, artisanat, culture, énergie renouvelable, économie sociale et solidaire. Et vous pouvez vérifier : chaque année, la Nef publie la liste intégrale et détaillée de tous ses prêts — montant, durée, coordonnées de l’emprunteur, évaluation environnementale et sociale. C’est le seul établissement financier français à pratiquer cette transparence totale.

Oxfam lui a attribué la note de 10/10 (note maximale) sur le critère « changement climatique » dans son évaluation des banques françaises. Les Amis de la Terre la citent comme la référence de la finance éthique en France. L’exclusion des fossiles n’est pas un slogan marketing — c’est une réalité structurelle, inscrite dans les statuts de la coopérative depuis sa création.

Et surtout : contrairement aux néobanques vertes, votre argent à La Nef ne dort pas dans un compte ségrégué. Il est activement prêté à des projets réels — c’est la définition même du fléchage. Plus de 8 000 projets financés depuis 1988, 1,5 milliard d’euros prêtés, 49 000 sociétaires.

La limite principale est que la Nef ne propose pas encore de compte courant pour les particuliers. Elle propose des livrets d’épargne, des comptes à terme et des parts sociales pour les particuliers, et des comptes courants pour les professionnels. La carte bancaire pour les pros arrive fin 2026. Le compte courant particulier est en développement — mais il n’y a pas de date annoncée. Pour gérer votre quotidien, vous devez donc compléter avec un autre compte.

Un point de vigilance : la Nef a historiquement des liens avec le mouvement anthroposophique (Rudolf Steiner). Si des administrateurs liés à ce mouvement ont récemment quitté le conseil de surveillance, et si la coopérative affirme que ces liens n’affectent pas sa politique de prêts, c’est un élément que certains épargnants souhaitent connaître. À chacun de se forger un avis — les faits sont publics.

Le Crédit Coopératif : le compromis banque classique

Le Crédit Coopératif est la seule banque de réseau de cette liste — avec des agences physiques, un chéquier, un découvert autorisé, des crédits immobiliers, des livrets réglementés. Historiquement spécialisé dans l’économie sociale et solidaire, il représente le « meilleur compromis » pour qui ne peut pas renoncer aux services d’une banque classique.

Mais un fait pèse dans la balance : le Crédit Coopératif est une filiale de BPCE, quatrième groupe bancaire français. Et BPCE est le seul groupe bancaire français dont les financements à l’expansion fossile ont augmenté par rapport à 2021, selon le rapport Banking on Climate Chaos 2025 (4,2 milliards de dollars). Les dépôts du Crédit Coopératif sont séparés opérationnellement, mais le lien capitalistique existe. C’est une contradiction que chaque client doit évaluer en conscience.

Changer de banque : quel impact réel sur le climat ?

C’est la question centrale, et elle mérite une réponse nuancée.

L’impact individuel direct est probablement très faible. L’analyse de Bon Pote et Julien Lefournier est convaincante sur ce point : un euro sur un compte courant ne finance pas directement les fossiles de manière traçable. Les banques financent leurs activités par un ensemble de ressources fongibles (dépôts, fonds propres, emprunts sur les marchés), et le lien entre votre dépôt individuel et un prêt à TotalEnergies est impossible à établir. Même le PDG de TotalEnergies l’a reconnu publiquement : si les banques françaises refusent de financer, d’autres banques (américaines, japonaises) prendront le relais.

L’impact collectif et politique est en revanche réel. Quand des dizaines de milliers de clients migrent vers des alternatives, cela crée une pression concurrentielle et réputationnelle sur les grandes banques. Reclaim Finance et les ONG environnementales utilisent explicitement cette dynamique comme levier de plaidoyer. L’outil change-de-banque.org, créé par Reclaim Finance, guide les particuliers dans cette démarche.

Le levier le plus puissant est l’épargne, pas le compte courant. La Nef le rappelle elle-même : les Français ont 7 fois plus d’argent sur leurs comptes d’épargne que sur leurs comptes courants. Déplacer votre épargne (livrets, assurance vie, PER) vers des supports alignés avec vos valeurs a structurellement plus d’impact que changer de compte courant. L’article de Bon Pote, malgré sa critique des néobanques, n’invite pas à rester dans sa banque traditionnelle — il invite à mieux comprendre les leviers réels, et l’épargne en est un beaucoup plus puissant.

Le vrai changement viendra de la réglementation. Oxfam France plaide pour une obligation légale de conformité à une trajectoire de décarbonation, avec sanctions financières. La directive CSRD et la taxonomie européenne commencent à encadrer le secteur. Le Shift Project souligne que les engagements volontaires des banques sont largement insuffisants. Changer de banque est un geste utile et cohérent, mais il ne remplacera pas la contrainte réglementaire.

Comment choisir concrètement (et par où commencer)

Personne tenant un smartphone et une carte de crédit

Après avoir pesé le pour et le contre, voici ma recommandation, en fonction de votre situation.

Le geste le plus impactant que vous puissiez faire : ouvrir un livret d’épargne à La Nef. C’est la seule option où votre argent finance réellement et de façon traçable des projets à impact positif, avec une transparence totale et une note maximale chez Oxfam. Devenir sociétaire vous donne un droit de vote sur les orientations de la coopérative. C’est le levier le plus puissant et le plus crédible de cette liste.

Pour votre compte courant du quotidien : Green-Got ou Helios sont les meilleures options disponibles, avec les réserves exprimées plus haut. Vos dépôts ne financent pas les fossiles — c’est vrai — mais ils ne financent pas non plus activement la transition (sauf via l’interchange). Les deux se valent : Green-Got est un peu plus complet (assurance vie, PER, compte pro), Helios un peu plus transparent sur les projets financés. Les deux proposent un IBAN français, ce qui simplifie la vie quotidienne.

Si vous ne pouvez pas vous passer d’une banque classique (prêt immobilier, chéquier, découvert, agences) : le Crédit Coopératif est le meilleur compromis, en gardant en tête le lien avec BPCE. La Banque Postale est aussi une option crédible depuis son engagement de sortie du pétrole et du gaz.

Bunq est pertinent si vous voyagez beaucoup et cherchez une banque mobile complète avec gestion multi-devises — mais son engagement écologique (compensation) est moins rigoureux que les acteurs français, et l’IBAN néerlandais crée des contraintes déclaratives.

La migration progressive : vous n’êtes pas obligé de tout fermer d’un coup. Ma suggestion concrète, par ordre de priorité :

1. Ouvrez un livret La Nef et transférez-y votre épargne de précaution (c’est le geste le plus impactant). 2. Ouvrez un compte Green-Got ou Helios en parallèle de votre banque actuelle. 3. Basculez progressivement votre salaire et vos prélèvements. 4. Gardez votre ancienne banque uniquement si vous avez un prêt immobilier en cours — et même dans ce cas, réduisez au minimum l’argent qui y dort. 5. Si vous avez une assurance vie, arbitrez vers des fonds labellisés Greenfin ou ISR — notre guide de l’épargne responsable détaille la marche à suivre.

🔗 Vérifiez votre banque actuelle — L’ONG Reclaim Finance propose un outil en ligne gratuit pour évaluer l’impact climatique de votre banque et trouver des alternatives : change-de-banque.org

Questions fréquentes

Mon compte courant a-t-il vraiment une empreinte carbone ?

Techniquement, il est impossible d’attribuer une empreinte carbone individuelle à un euro déposé sur un compte courant. C’est ce qu’a démontré Julien Lefournier dans son analyse pour Bon Pote, et c’est la raison pour laquelle Carbone 4 a retiré son article qui le prétendait. Les calculateurs proposés par les néobanques et certaines ONG (Oxfam, Rift) donnent des ordres de grandeur intéressants pour la pédagogie, mais il ne faut pas les prendre comme des mesures précises. Ce qui est certain : globalement, les grandes banques traditionnelles financent massivement les fossiles — et les alternatives existent.

Mon argent est-il en sécurité chez Green-Got ou Helios ?

Oui. Les fonds déposés chez Green-Got et Helios sont cantonnés chez Crédit Mutuel Arkéa et bénéficient de la garantie des dépôts (FGDR) à hauteur de 100 000 € par personne et par établissement. En cas de faillite de Green-Got ou Helios, vos fonds sont protégés. C’est un point souvent mal compris : même si ce ne sont pas des banques, la garantie FGDR s’applique via la banque d’adossement.

Green-Got et Helios font-elles du greenwashing ?

La réponse dépend de votre définition. Elles ne financent effectivement pas les fossiles — c’est factuel. Mais certaines de leurs affirmations marketing (empreinte carbone du compte, « désinvestissement des fossiles ») simplifient abusivement la réalité bancaire, comme l’a documenté Bon Pote. Mon analyse : ce ne sont pas des acteurs malhonnêtes — ce sont des entreprises qui utilisent des raccourcis de communication discutables. La nuance est importante, et chacun peut la peser. Ce qui est clair, c’est que leur existence pousse le secteur dans la bonne direction.

La Nef va-t-elle proposer un compte courant pour les particuliers ?

La Nef y travaille activement depuis des années. L’obtention de son agrément bancaire complet fin 2024 a levé un obstacle majeur (l’accord avec le Crédit Coopératif interdisait cette offre). La carte bancaire pour les professionnels est prévue pour fin 2026. Pour les particuliers, la Nef propose un « pack Nef+ » qui permet de se pré-inscrire au futur compte courant tout en ouvrant un livret d’épargne. Pas de date ferme pour le lancement — mais le mouvement est engagé.

Comment vérifier les engagements d’une banque ?

Quatre vérifications concrètes. La banque publie-t-elle la liste des projets financés ? (La Nef le fait intégralement, Helios partiellement.) Est-elle bien notée par Oxfam France et Reclaim Finance ? A-t-elle une politique d’exclusion explicite des fossiles, documentée dans un rapport vérifiable ? Ses engagements couvrent-ils l’ensemble de ses activités (prêts ET souscription de titres) ou seulement son bilan ? Si vous pouvez répondre positivement à ces quatre questions, c’est probablement sérieux. Si la banque communique sur des « engagements » sans chiffres ni rapports vérifiables — méfiance.

Dois-je déclarer un compte Bunq au fisc français ?

Oui, c’est obligatoire. Tout compte détenu à l’étranger doit être déclaré via le formulaire 3916 ou 3916 bis, à joindre à votre déclaration de revenus annuelle. L’amende pour défaut de déclaration est de 1 500 € par compte et par an. Ce n’est pas illégal de détenir un compte Bunq — c’est une obligation administrative à ne pas oublier.


Soyons honnêtes : changer de banque ne sauvera pas le climat. Aucun geste individuel ne le fera à lui seul. Mais laisser des milliers d’euros dans une banque qui finance massivement les fossiles tout en triant ses déchets et en achetant bio, c’est une incohérence qu’on peut corriger facilement — en 15 minutes et pour 6 €/mois.

Le geste le plus efficace n’est pas forcément celui que le marketing des néobanques vous vend. C’est de déplacer votre épargne vers La Nef — là où votre argent finance réellement et vérifiablement des projets à impact positif. Et de compléter avec un compte courant chez Green-Got ou Helios pour le quotidien, en sachant ce que ces services sont et ne sont pas.

Ce qui changera vraiment la donne, c’est la réglementation : obliger les banques à publier l’intégralité de leurs financements, à se conformer à des trajectoires contraignantes de décarbonation, à rendre des comptes sur l’Accord de Paris. En attendant, chaque client qui migre est un signal envoyé au marché. Et les signaux finissent par être entendus.

Transparence : cet article ne contient aucun lien d’affiliation. Aucune des banques mentionnées ne nous rémunère. Nos analyses sont basées uniquement sur les rapports d’impact publiés, les données d’Oxfam France, de Reclaim Finance, de Bon Pote, et notre propre recherche. Nous n’avons aucun lien financier avec les acteurs cités. En savoir plus sur notre démarche.